Rando 6 jrs : Dans le corps de l'île de la Réunion - 06 - Jour 6
pascalpenot

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Rando 6 jrs : Dans le corps de l'île de la Réunion - 06 - Jour 6

Par pascalpenot - 09-08-2009 22:33:50 - 3 commentaires

  

Alors que l'asso m'avait prévenu que je dormirai dans le dortoir des ronfleurs et des pétomanes, j'ai roupillé d'une seule traite, réveillé par ma prostate un peu avant 5 heures. Sans faire de bruit, je défais mon lit et attrape mon sac pour prendre place sous la varangue de la boutique. Je me prépare en attendant le petit déjeuner du gîte servi à 6h. Je termine mes compléments alimentaires, sors mon réchaud pour consommer mes derniers dosettes de café, fais le plein de ma 75cl d'eau et termine mon attente pour une longue lecture de mon journal concentré sur le trône.

Après avoir avalé une baguette entière (le gîte fait aussi boulangerie), deux beurres et de la confiture maison à la goyave de chine et au jamblon, Il est 6h30 quand je démarre. J'avale l'ilet à bourse, fais de l'eau à l'ilet à Malheur ou je découvrirai qu'un camping vient de s'ouvrir et repars dans l'idée de faire une pause à la boutique d'Aurère pour un chocolat chaud. Le rythme est bon et les jambes aussi. Le parcours de cette dernière journée épousant le parcours possible du grand raid, je me dis que mes temps pourraient être instructifs pour des objectifs à 40 heures.

A la boutique, je discute kabare et environnement avec la patronne. En effet, Il y avait samedi un concert à Aurère qui faisait suite à une autre donné à Marla le samedi précédent. Je lui fais pars de mon agacement devant cet effet de mode attirant dans le cirque un clientèle de fétard pseudo-randonneurs pour lesquels l'environnement est quelque chose qui semble les dépasser. J'argumente pour le kabare d'Aurère en prenant exemple sur l'aire de bivouac de l'ilet devant laquelle je viens de passer et dont les ordures débordent de toutes parts entre les tentes encore en place et, pour le kabare à Marla en lui montrant 2 photos prises aux Trois roches et à Roche plate.

Lit de la rivière des galets aux Trois roches... No comment

A roche plate...

Après mettre laisser tenter par une crêpe pour accompagner mon chocolat chaud et avoir convaincu la dame de la boutique à ce que les musiciens martèlent entre deux chansons que Mafate c'est pas Ravine St leu et que chacun se doit ramener sa merde, je retourne à mes sentiers. Très vite les pensées de ma discussion de comptoir s'évanouissement.

La bonne nouvelle du jour!!!... Devinez ou je serai fin juillet...

D'abord par une bonne nouvelle (un panneau signale des travaux en cours dans le sentier Augustave laissant présager sa prochaine ré-ouverture) puis parce que j'arrive sur un sentier que j'attendais depuis longtemps.

Ne dit-on pas souvent que l'on garde le meilleur pour la fin?

You know what?... I am Happy (Droopy Man)

Le sentier du Bras des merles est une merveille de la randonnée. Avant ce périple, je l'avais emprunté une fois, toujours avec mon zèzer Anise. Un vrai sentier de ravine ou le chemin cherche sa voie entre deux parois parfois très étroite, coupant souvent la rivière qui l'accompagne quand elle n'épouse pas son lit.

Une vieille échelle de bois qui mériterait d'être classée au registre des monuments historiques!

Egalement, intégrées à la forêt primaire, beaucoup de plantes comestibles se sont naturalisés. Aussi, sur le parcours on trouve beaucoup de songes, de la patates douce et même de la canne à sucre sauvage et juteuse. Quand aux arbres fruitiers, manguiers, jaquiers et goyave de chine ne manquent pas.

Très peu emprunté, peut être parce qu'une pancarte à Aurère précise "Pour marcheurs expérimentés", mais aussi parce qu'il offre peu d'intérêt pour les coureurs de montagne (impossible d'y courir aisément dans ce lit de caillasses et aménagement de marches et d'échelles de bois vieillissants, d'ou mon étonnement de le voir inscrit provisoirement au menu du prochain grand raid (le GRR prendra finalement l'option source cabris et la porte plus roulant), ce sentier est de plus très propre et…. Comment dire…. Très pur! Il me rappelle mes randonnées Tahitiennes ou sans ONF et organisme équivalent, il faut randonner en remontant le lit des rivières, escalader ou contourner des cascades et avancer parfois à l'aide de la machette en se repérant selon l'arête des crêtes descendants vers la mer ou sur la position du soleil. D'ailleurs très difficile d'y randonner sans guide. Aussi, après avoir sympathiser avec l'un d'eux, il m'arrivait souvent de partir en éclaireur tailler des sentes, plonger dans des fougères pour marquer des traces ou recréer des chemins, le coupe-coupe à la main. Un vrai régal!

Marcheurs expérimentés ou pas, allez dans le bras des Merles. Du corps de cette île, ce sentier est son poumon!

Arrivé dans le bras de la ravine, je suis totalement déconnectée. Exit la volonté d'être à Saint Denis avant la nuit. Exit le grand raid, exit tout le reste d'ailleurs. Je ne suis plus le simple visiteur amoureux de ce paradis. Je deviens une partie de cette île, de son corps. Je trouve mon rôle dans sa structure, dans son souffle, dans son évolution. Je n'observe plus la nature, je fais partie d'elle.

Mon esprit qui s'évade à petits pas, revient à la réalité par un sol jonché de goyaves de chine. Je lève les yeux… Mon dieu!!…J'en vois des belles dans les hauteurs. Je pose mon sac et tel un singe malin, je commence à secouer l'arbre pour faire tomber celles qui sont à points. Alors que je secoue énergiquement, j'entends une première s'écraser sur le sol mais ne parviens quand je me retourne à la repérer parmi celles moisissant déjà à terre. Et merdeuh!… Deuxième secousse…. Cette fois ci je la vois chuter et commencer à rouler en dévalant dans la pente du sentier… je lui court après pour ne pas la perdre de vue avec la crainte qu'elle termine sa course dans la ravine. Par chance, une racine viendra à mon secours et stoppera sa fuite… Victoire!… Allez viens ma belle que je goutte ta sève!

Pieds de songes et de patates douce

Plus bas, je trouverai un beau bâton de canne bien mur et délicieux. Et quand, pour en avoir vu énormément plus haut, j'entreprendrai de récolter de la patate douce bio pour Anise, je n'en verrai plus garnir les pieds de songes.

"Petite madame de la Martiniqueuh..." (Chanson de Joséphine Baker autour d'un bout' canne!)

T'en fais pas, Cédric.... T'en trouveras d'autres des Camelbaks!

J'arrive à Deux Bras en même temps que Cédric venu à ma rencontre depuis St denis. Je remplis ma bouteille de 75cl dans la rivière et donne à Cédric mes deux autres bouteilles de 75cl pour résoudre le problème de son camelbak qui fuit.

Nous monterons dos d'âne à bon rythme, en profitant au sommet d'une pause vitamines auprès de quelques pied chargés de goyaviers.

Au stade, nous nous arrêtons pour faire de l'eau et manger. Je sors mon réchaud et avec ce que nous avons en commun dans nos sacs, nous parvenons à composer un menu fait de soupes, de sandwichs à la sardines à l'huile (saupoudrés de baies de roses récoltées à deux bras) et de pains d'épices. Cédric m'informe que le robinet d'eau du Colorado est cassé. On fera donc le plein des bouteilles et du camelbak après une réparation de fortune avec un élastique.

Pour la dernière partie vers Saint Denis que beaucoup d'entre vous connaîssent bien, je laisserai Cédric passer devant. Je sais qu'il aura tendance à marcher à son rythme, (et son rythme est très bon). Je m'en servirai donc de lièvre pour, malgré le poids du sac, mes pieds irrités et ma fatigue musculaire élever le rythme pour de la rando sportive, presque de la rando-course en descentes.

Je parviendrai à la suivre sauf après la RF de la plaine d'affouche et jusqu'au Colorado ou il partira en fartlek.

Au kiosque d'affouche nous croisons deux randonneurs a qui nous offrons un peu d'eau et profitons en échange, surtout moi, de leurs bananes séchées et de leur dates.

Dans la dernière descente vers la redoute, alors que la nuit tombe, Cédric me demande devant Saint Denis illuminé si je n'ai pas un peu d'amertume d'être à la fin de mon voyage. Je lui dit que non…. Mes jambes, à vouloir suivre son tempo effrené ont maintenant une vrai bonne fatigue et je ne suis pas mécontent de rentrer chez moi. J'ai physiquement envie d'en finir…

Par contre, mon esprit… que vous dire… aujourd'hui encore, en y repensant, il m'arrive d'être encore "dedans"… Je m'évade souvent là-bas entre deux pensées…. Je suis toujours et peut être à jamais quelque part dans ce corps si beau, dans cette symphonie d'eau et de pierres, dans cette île ouverte et si fragile. Puisse le hasard de la vie me permettre d'y retourner pour y vieillir...

Le pied de la fin...

 

La vérité vient toujours de la bouche des enfants...

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3 commentaires

Commentaire de akunamatata posté le 11-08-2009 à 05:50:24

Sacre périple Pascal, et tu nous a décris la reunion comme personne !
je crois que tu es foutu , t'es tombe amoureux...

Commentaire de Pierre pfx posté le 02-11-2009 à 17:56:20

Vive l'amour, vive La Réunion, merci Pascal pour nous faire vivre ces moments avec autant de talent et de vérité. Je reviens de ce pays enchanteur et j'ai déjà très envie d'y repartir. Sous le charme, j'adore !

Commentaire de Pierre pfx posté le 02-11-2009 à 17:57:49

Et bisous à Anise.

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